Salle de Presse
COTONOU STIGMA AND DISCRIMINATION.
AT OSIWA/SUO DANS LE CADRE DE L’ATELIER DE MOBILISATION CONTRE LA STIGMATISATION ET LA DISCRIMINATION A L’EGARD DES PVVIH.
Dans le cadre de la lutte contre la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH/SIDA et la discrimination à leur égard, l’ONG «Sœurs Unies à l’œuvre» a organise du 9 au11 Mai 2007, au Palais des congrès de Cotonou, un atelier régional avec le soutien technique et financier de OSIWA
Une soixantaine de participants venus de 17 pays se sont donne rendez-vous à Cotonou pour faire le point des actions menées dans le cadre de la lutte contre la stigmatisation et la discrimination envers les personnes vivant avec le VIH/SIDA. Dans l’optique d’en mesurer les forces et les faiblesses et pour mieux envisager une synergie des actions menées dans les différents pays pour éradiquer le phénomène les participants à ce séminaire vont faire le point de la situation dans chacun de leur pays en ce qui concerne les mesures prises pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et le rôle joué par les organisations de lutte contre le VIH/SIDA dans la lutte contre la stigmatisation et la discrimination envers les PV/VIH.
Outre cet objectif, les participants à cet atelier vont, grâce aux échanges et à l’appui technique de OSIWA, acquérir des compétences et outils nécessaires pour assurer la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la stigmatisation et la discrimination envers les PV/VIH dans leur pays.
Après avoir énuméré les implications de la stigmatisation et de la discrimination envers les Pvvih à l’ouverture de cet important rendez-vous, Mme Thomasia Agbodjogbé Houéwatonou, présidente de l’Ong «Sœurs Unies à l’œuvre», a jugé opportun de lancer à l’endroit des participants un appel pour une mobilisation plus forte dans la sous région contre la stigmatisation et la discrimination envers les PV/VIH. «Il nous faut réfléchir posément sur ce que sont la stigmatisation et la discrimination, leurs origines, notamment les phénomènes sociaux et culturels qui les alimentent, et leurs conséquences», a-t-elle affirmé à ses hôtes venus du Benin, la Côte d’Ivoire, de la Sierra Léone, de la Gambie, de la Mauritanie, de la Guinée, de la Guinee Bissau, du Ghana, du Cameroun, du Cap-Vert, du Sénégal, du Niger, du Burkina Faso, du Togo, du Nigeria, du Tchad, du Mali et du Libéria.
Quant à Mme Hortense Gbaguidi-Niamké, Administrateur du Programme VIH/SIDA et Représentant le Dr. Nana Tanko, Directrice Exécutive de Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), elle a mis l’accent sur les effets néfastes de la stigmatisation et la discrimination agissant sur le quotidien des PV/VIH en termes d’accès aux soins, aux conseils et aux ressources. Au regard du fait que la stigmatisation et la discrimination annihilent tous les efforts de promotion du dépistage volontaire anonyme, perturbent l’observance des thérapies et éloignent les plus vulnérables des structures de soins avant de les en isoler totalement, Mme Hortense Gbaguidi-Niamké plaide pour que les communautés, les structures sanitaires et sociales, le secteur privé et les gouvernements prennent leur responsabilité d’accueil, de soutien, de protection et tout simplement d’amour des personnes infectées et affectées par le VIH. «A cause de la stigmatisation, des adultes ne peuvent plus travailler et des enfants ne vont plus à l’école et nous savons tous que le stress et la misère morale sont le détonateur du sida déclaré. A cause de la stigmatisation et du rejet des PV/VIH ont faim et ne peuvent prendre leurs médicaments, car ils ne peuvent les prendre le ventre vide», ajoute-t-elle avant de souhaiter que l’atelier débouche sur la connaissance, la compréhension, et la vulgarisation d’un code de conduite à tous les partenaires de la sous région.
Dr Laurent Assogba, représentant madame la ministre de la Santé, fait observer pour sa part l’urgence d’agir pour promouvoir un changement de regard sur les PV/VIH. «Lutter contre les discriminations, c’est tout d’abord une exigence pour faire vivre le pacte républicain dans nos nations et en Afrique. C’est l’exigence d’offrir une vie sociale et professionnelle normale, c’est aussi un moyen de renforcer la prévention et l’information sur les maladies», a-t-il affirmé. C’est pour cette raison qu’il souhaite que les résultats de l’atelier permettent d’enclencher une synergie d’actions au niveau des Etats respectifs en particulier et dans la sous région en général pour enrayer le phénomène de la discrimination et de la stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Il faut noter que ledit atelier a pris fin le 11 mai 2007 après les panels co-animés par Mme Hortense Gbaguidi-Niamké et Dr Chakkar Yamina de Onusida d’une part et de M. Osséini Soumana et Madame DOSSA AKPLOGAN Huguette d’autre part ainsi que les travaux de groupe.
Des recommandations ont été adoptées par les participants mais aussi un code de conduite qui sera le document de travail qui va orienter les actions à mener par le cadre de concertation mis sur pied à savoir : l’Initiative Africaine de Lutte contre la Stigmatisation et la discrimination (INALUS).
Recommandations
1. Aux pouvoirs publics
• Institutionnaliser un cadre juridique de lutte contre la stigmatisation et la discrimination et veiller au respect des droits humains des PVVIH
• Définir et utiliser un mécanisme de gestion efficace et transparente des financements alloués à la prise en charge des PVVIH
• Organiser des rencontres d’échanges entre les leaders religieux des pays réticents et ceux des pays ouverts à la lutte contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard des PVVIH.
2. Aux partenaires
• Encourager les initiatives prises par les associations des réseaux PVVIH existants
• Mettre en place un mécanisme de mobilisation de ressources
• Faire des actions de plaidoyers à l’endroit des Etats pour une reformulation des messages de lutte contre le sida
3. Aux autorités locales
• Intensifier les campagnes de sensibilisation à travers les mass média et les personnes politiques de renom
• Encourager les initiatives de valorisation des PVVIH
4. Aux PVVIH
• Participer à la lutte contre la stigmatisation et la discrimination
• Développer la formation participative au sein des PVVIH
5. Aux intervenants
• Elaborer un cadre d’action soutenu par un dispositif de suivi évaluation et de coordination unique pour la lutte contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard des PVVIH
• Mettre en place un environnement social sécurisé respectant la confidentialité et les droits humains sans discrimination ni stigmatisation
• Valoriser les expériences prometteuses et réussies de réduction de la stigmatisation et de la discrimination liée au VIH Sida
RAPPEL SUR LES DROITS HUMAINS
La défense, la protection et la promotion des droits de l’Homme est devenue aujourd’hui une préoccupation de tous les Etats mais aussi de la communauté internationale et de la Société Civile dans son ensemble.
Cependant, dans un Etat, la citoyenneté suppose donc, que chaque individu dispose de droits mais est également assujetti à des devoirs.
Après avoir proclamé le caractère sacré de la personne humaine en son article 10, les constitutions africaines font peser sur les Etats l’obligation absolue de la respecter et de la protéger. Ils se doivent aussi de lui assurer un plein épanouissement. Les droits de l’Homme sont les droits inhérents à la personne humaine que l’Etat doit respecter non seulement dans l’ordre des buts mais aussi dans l’ordre des moyens. On distingue plusieurs générations de droits : les droits de la 1ère génération (par exemple droit à la vie, droit à l’image, droit à l’intégrité physique et morale), les droits de la 2ème génération (droit à la santé, droit à l’éducation et droit aux loisirs et.) et les droits de la 3ème génération (droit à un environnement sain). Parmi les droits substantiels, figure le Droit à la Santé qui est garanti par divers instruments juridiques internationaux entre autres les conventions internationales régionales et universelles dont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948, reprises par les constitutions.
LA STIGMATISATION ET DISCRIMINATION
I. LA STIGMATISATION
La stigmatisation est le fait d’indexer quelqu’un, de lui faire porter ou de se faire porter un stigmate. Elle se caractérise par la honte de la maladie, le déni, la peur le rejet et la discrimination.
II. LA DISCRIMINATION
La discrimination est la manière de différencier injustement deux personnes. Le résultat est qu’une personne souffre d’un traitement injuste, d’une inégalité de chance, d’un manque d’attention, suite à un jugement de valeur d’autres personnes.
A cet effet, nous participants à l’atelier régional sur la mobilisation contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard des PVVIH, tenu à Cotonou en République du Bénin, du 9 au 11 Mai 2007, constatons que :
• Vu la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ;
• Vu les Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques de même qu’aux droits économiques, sociaux et culturels ;
• Vu la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ;
• Vu la Convention sur l’Élimination de toutes les Formes de Discrimination à l’égard des Femmes ;
• Vu la Convention relative aux droits de l’Enfant ;
• Vu la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ;
• Vu la Convention internationale sur la protection des droits de tous les migrants et des membres de leurs familles ;
• Vu la Déclaration d’Abuja ;
• Vu la Déclaration de l’UNGASS sur le VIH /SIDA ;
• Vu la Déclaration d’Helsinki ;
• Vu la Loi Type de N’Djamena ;
Déplorons la persistance et la généralisation des violations des droits fondamentaux des PVVIH avec son corollaire de stigmatisation et de discrimination.
Partant de ces constats, nous proposons qu’un CODE de CONDUITE soit défini, mis en œuvre, suivie et évalué au niveau régional, sous régional et national par les acteurs ci-après :
I. Les réseaux et associations des PVVIH;
• Les activités menées par les PVVIH dans le cadre de la formation, la sensibilisation et la prise en charge doivent être conduites en toute transparence, avec rigueur, célérité, visibilité et le devoir absolu de rendre compte aux membres et partenaires ;
• Respecter les dispositions règlementaires de mise en place des structures ;
• Encourager l’estime de soi et la vie positive à travers des stratégies novatrices ;
• Cultiver l’esprit de défense et de promotion des droits fondamentaux ;
II. Les familles des PVVIH ;
• Les activités menées par organisations à base communautaire doivent consister en la fourniture de conseil, soutien psychologique, nutritionnel et hygiénique ;
• Les compétences techniques et organisationnelles des acteurs communautaires en prestation de services/conseil, de soutien, d’accompagnement d’aides aux PVVIH, doivent être renforcées ;
• Convaincre les PVVIH et leurs familles pour plus de responsabilisation et d’autopromotion à travers les Visites A Domicile en vue d’une Communication pour un Changement de Comportement
• Eduquer la famille sur les droits des PVVIH en mettant en place un cadre social favorable ;
III. Les structures éducatives ;
• Inscrire ou renforcer les modules de formation en matière des droits Humains et de VIH/SIDA au niveau des structures de formation formelle et non formelles notamment les écoles de santé ;
• Former les enseignants et autres instructeurs en matière des droits humains dans le domaine du VIH/SIDA ;
IV. Les leaders religieux ;
• Intensifier les campagnes IEC/CCC au sein des confessions religieuses et lors des manifestations sociales ;
• Encourager le témoignage a visage découvert au cours des services religieux ;
• Développer des stratégies de partage d’expérience entre religieux ;
• Encourager le mariage entre PVVIH
V. Les medias ;
• Reformuler les messages IEC/CCC en collaboration avec les organes ou structures nationaux d’information, d’éducation et de communication en matière de VIH/SIDA ;
• Former les journalistes de la presse écrite et parlée, les animateurs de radios de proximité en matière des droits Humains et VIH ;
• Respecter les textes juridiques encadrant le VIH/SIDA ;
VI. Les gouvernements et les parlementaires ;
• Appliquer d’une manière effective les textes de lois, les règlements, les circulaires, les notes de services, les conventions et autres engagements en matière de VIH ;
• Suivre, évaluer et rendre compte de l’application effective des textes de lois, règlements, circulaires, notes de services, conventions et autres engagements en matière de VIH ;
• Renforcer la capacité de services des institutions de prise en charge globale des PVVIH ;
• Contractualiser avec les organisations de la société civile notamment celles des PVVIH ;
• Voter des lois en matière de VIH/SIDA ;
• Voter les budgets tout en tenant compte de la pandémie du VIH/SIDA ;
VII. Les juges et les avocats;
• Coopération avec l’appareil judiciaire ;
• Formation des juges et avocats en matière de plaidoyer,
• Promouvoir et défendre les droits des PVVIH en particulier ceux des femmes et des autres groupes spécifiques
• Encourager l’émergence des pool de bénévoles d’avocats , de juges acquis à la cause des PVVIH ;
VIII. Les associations juristes ;
• Formations des membres ;
• Appui/conseil juridique, orientation et accompagnement des PVVIH dans le cadre des droits et devoirs en matière de VIH ;
• Création de centres d’écoute, d’orientation et d’accompagnement des PVVIH pour une meilleure défense de leurs droits
IX. Forces de l’ordre (forces de défense et de sécurité);
• Respecter les textes de lois en rapport avec le VIH ;
• Respecter le droit à la formation ; les droits aux missions de maintien de la paix et à l’avancement au grade ;
• Créer des structures spécifiques de dépistage et de prise en charge globale des agents infectés
• Prendre encharge les femmes et enfants des agents infectés
• Former, sensibiliser les agents et leurs familles en matière de VIH/SIDA ,
X. Les cliniques juridiques ;
• Former et sensibiliser les populations sur les questions spécifiques de la stigmatisation et de la discrimination en matière de VIH;
• Mettre à disposition la documentation nécessaire aux populations ;
• Promouvoir et défendre les droits à la santé ;
• Rédiger et publier des rapports sur les questions de discrimination, de rejet social et de stigmatisation liés au VIH/SIDA ;
• Publier les procès et autres actions concernant les actes de discrimination et de stigmatisation ;
• Partager les bonnes pratiques en matière de promotion des droits des PVVIH ;
XI. Les associations de défense des droits de l’Homme ;
• Former et sensibiliser les membres, les populations sur les questions spécifiques de la stigmatisation et de la discrimination en matière de genre et VIH;
• Mettre à disposition la documentation nécessaire aux populations ;
• Promouvoir et défendre les droits à la santé notamment ceux des femmes et des groupes spécifiques ;
• Rédiger et publier des rapports sur les questions de discrimination, de rejet social et de stigmatisation liés au VIH/SIDA ;
• Assister les procès et autres actions concernant les actes de discrimination et de stigmatisation ;
• Mobiliser et fédérer la société civile autour des questions spécifiques et des actions visibles en matière de lutte contre la stigmatisation et la discrimination liées au VIH ;
• Partager les bonnes pratiques en matière de promotion des droits des PVVIH ;
XII. Les associations de défense des droits de la Femme ;
XIII. Femmes et personnes vulnérables
XIV. Les leaders religieux et communautaires
• Impliquer les Imams, les prêtres et pasteurs, les chefs de villages , de cantons , dans le soutien et la mise en œuvre des actions de plaidoyer en matière de stigmatisation et discrimination liées au VIH dans les familles et la communauté ;
• Promouvoir l’accompagnement psychologique et l’acceptation de la personne infectée et affectée par le VIH ;
• Promouvoir l’estime de soi et la vie positive chez les personnes infectées et leurs familles ;
XV. les leaders d’opinion et personnes publiques;
Impliquer les premières Dames, les femmes parlementaires, les femmes anciennes ministres et anciennes ambassadrices, les Miss, les stars de football et de musique dans le soutien et la mise en œuvre des actions de plaidoyer en matière de stigmatisation et discrimination liées au VIH ;
XVI. Le personnel de santé ;
XVII. Les tradi – praticiens ;
XVIII. Patronat
• Prendre des dispositions réglementaires et pratiques pour une implication effective du patronat dans la promotion des initiatives novatrices de lutte contre la stigmatisation et la discrimination des agents infectés et leurs familles
• Stimuler le partage d’expériences réussies en matière de lutte contre la stigmatisation et la discrimination en milieu de travail
XIX. Syndicats
XX. Les partenaires techniques et financiers ;
OSIWA Actualités
Chaque numéro d'OSIWA Actualités renferme des articles de fond qui explorent les problèmes que vivent les Africains de l'Ouest en s'efforçant de construire des sociétés libres et ouvertes. En février, OSIWA a publié un numéro double d'OSIWA Actualités présentant le rapport annuel de la fondation.
La prochaine édition d'OSIWA Actualités sera disponible plutard.
Si vous souhaitez recevoir l'édition imprimée d'OSIWA Actualités, demandez-le par courrier électronique à l'adresse suivante osiwa-dakar@osiwa.org.
AVIS DE DECES
Le Président du Conseil d’Administration d’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA), Mr. Elhadj Amadou G. Sy (Senegal), La Directrice Exécutive Dr. Nana Tanko, ainsi que l’ensemble du personnel, ont le regret de vous faire part du décès de leur collègue Maître Godwin Yenika Fonye, Administrateur du programme Droit, Justice et Droits Humains.
En ces douloureuses circonstances , OSIWA présente à la famille éplorée ainsi qu’à l’Ambassade du Cameroun ses sincères condoléances.
Que son âme repose en paix !
Guinée: Les démons ont été réveillés
Depuis janvier la Guinée, un pays de l’Afrique occidentale, connaît des soubresauts. Du fait d’une inflation galopante, du faible niveau des salaires, de la flambée des prix, d’une pénurie d’eau, d’électricité et d’autres commodités et du manque d’infrastructure, les dirigeants syndicaux ont appelé à une grève. Les partis politiques de l’opposition se sont joints à la manifestation qui a fini par paralyser tout le pays. Les activités économiques, notamment dans le secteur minier (bauxite et aluminium) se sont arrêtées. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans les quatre plus grandes villes, au moins, en criant le slogan « nous voulons le changement ». L’armée est intervenue en arrêtant et en emprisonnant les dirigeants de la grève.
Ces soubresauts avaient été déclenchés par la décision prise par le Président Lansana Conté de libérer deux de ses amis. En effet, le 16 décembre, le Président Conté a personnellement fait sortir de la prison centrale Fodé Soumah, ancien vice gouverneur de la Banque centrale de la Guinée ainsi que l’homme d’affaires le plus riche du pays, en l’occurrence El Hadj Mamadou Sylla. Toutes les deux personnalités attendaient leur jugement en prison pour détournement de fonds publics et corruption. Le Président Conté ne s’était pas gêné, car comme l’a dit un écrivain, il croit que « la justice et l’Etat, c’est moi ».
Cette violation flagrante de l’un des principes de l’état de droit a été la dernière goutte qui a fait déborder le vase. Les dirigeants des syndicats guinéens ont dénoncé cette ingérence de l’exécutif dans les affaires judiciaires et ont exigé que les deux personnalités retournent en prison. Quand il s’est avéré que leur appel était tombé dans l’oreille d’un sourd, ils ont déclenché une grève générale pour rétablir le pouvoir constitutionnel, en y ajoutant d’autres questions d’intérêt national. Cette grève a reçu un large soutien populaire forçant le Président Conté à négocier et à nommer pour la première fois depuis le milieu de l’année 2006 quand il a limogé l’ancien Premier ministre Cellou Diallo, et sans consultation monsieur Eugène Camara comme Premier ministre avec les pleins pouvoirs, un proche allié du Président. Les syndicats ont récusé cette nomination en accusant le Président Conté de n’avoir pas respecté l’accord signé ; aussi ont-ils appelé à une autre grève. D’autres exigences sont venues s’ajouter à celles déjà posées. En effet, ils ont demandé la démission du Président Conté, sinon ils poursuivraient la grève.
Le Président Conté s’est à nouveau appuyé sur son armée pour réprimer l’opposition à son régime. Il a déclaré l’état de siège, imposé la loi martiale et un couvre-feu d’une durée de 20 heures interdisant les populations de sortir de six heures du matin à seize heures et de vingt heures au lendemain à six heures du matin, jusqu’au 23 février. Il a donné à l’armée les pleins pouvoirs d’arrestation et de détention et une large latitude à écouter les appels téléphoniques, à fouiller tous les locaux et à prendre les mesures adéquates pour rétablir l’ordre. Cette décision du Président Conté consistant à donner les pleins pouvoirs à l’armée a contribué à exacerber la crise. Les ambassades des pays occidentaux ont commencé à évacuer leurs personnels non essentiels vers le Sénégal. Cette décision du Président Conté ne fait que retarder la chute de son régime. Car, l’armée sur laquelle il s’est appuyé tout au long de son mandat enregistre des remous d’ordre ethnique et régional. Parce que, certains officiers supérieurs de l’armée sont en train de se positionner en attendant la chute du pouvoir actuel.
Les signes d’une implosion imminente sont visibles depuis plusieurs années. C’est la troisième fois dans l’année que la Guinée est paralysée par une grève qui est, cette fois-ci, plus violente. Des dizaines des protestataires, de 60 à 80 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées. Les grèves sont purement politiques. Conté a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’état en 1984. Il a ôté sa tenue militaire pour gagner trois élections douteuses. En 2003, il a réussi là où le Président Obasanjo a échoué en amendant la constitution de son pays pour lui permettre d’être Président à vie. Durant ces quelques dernières années, les guinéens n’ont cessé de prier pour le Président Conté qui est âgé de 73 ans et qui souffre d’un diabète sérieux. Sa démission a été souvent portée par la rumeur. Depuis 2002, il apparaît rarement en public et a délégué la gestion quotidienne du pays à ses épouses et autres membres de son clan.
Les tentatives d’intervention de la communauté internationale ont, à ce jour, été rejetées par le Président Conté. Il a refusé l’entrée en Guinée à une délégation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en arguant que tout va bien et qu’une intervention extérieure n’est pas nécessaire. Or, l’intervention de la CEDEAO et de l’Union africaine est nécessaire pour épargner à la Guinée et aux autres pays de la sous région un autre cycle de guerres. La situation dans les pays démocratiques voisins de la Guinée, notamment la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée Bissau, est très fragile. L’Afrique du Sud n’a pas été en mesure de renouveler ses succès diplomatiques enregistrés en RDC, au Burundi et en Côte d’Ivoire. Les armes légères continuent de circuler dans cette région qui ne peut pas se payer le luxe d’un autre conflit civil pouvant compromettre les succès enregistrés par les Nations Unies dans le cadre de ses actions de maintien de la paix.
Malgré tous les remous qui ont naguère secoué cette région, la Guinée a été longtemps négligée par la communauté internationale. En dépit de cette première rebuffade du Président Conté, la CEDEAO et l’Union africaine ne doivent pas laisser la Guinée à elle-même. Elles doivent intensifier la pression sur le Président Conté afin qu’il négocie avec tous les acteurs de la crise et nomme un Premier ministre crédible qui va former un gouvernement d’union nationale et prendre en charge les brûlantes questions économiques. En décembre 2006, le Président Conté avait signé un accord avec l’opposition pour la formation d’une commission électorale indépendante et la tenue d’élections législatives transparentes en juin 2007. Le Président se doit de respecter cet accord ainsi que la constitution et la séparation des pouvoirs. Mandat doit être donné à ce gouvernement d’union nationale pour superviser ces élections et préparer la voie vers une concertation nationale qui déterminera l’agenda politique, économique et social, notamment en définissant un plan qui privera l’armée de toute excuse pour perpétrer un putsch. Les changements doivent être visibles. Les populations de la Guinée ont subi pendant longtemps la répression. Il est grand temps qu’elles vivent autre chose.
Par le Directeur adjoint de “International Center for Transitional Justice’s Cape Town Office” et Président du Conseil d’administration de OSIWA (Open Society Initiative for West Africa).