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Défense des droits de l'homme en Sierra Leone

Melron Nicol-Wilson Sierra Leone

La longue journée de travail de Melron Nicol-Wilson commence à 8 heures. Devant le petit bureau du Lawyers Centre for Legal Assistance (LAWCLA) de Freetown, capitale de la Sierra Leone, parfois jusqu'à 40 personnes attendent leur tour : ce sont des réfugiés et des sierra-leonais déplacés par la guerre, des jeunes victimes de sévices, des personnes âgées, des handicapés et des chômeurs. Le bouche à oreille les a conduits vers le premier centre d’assistance juridique en Sierra Leone dont la mission est de protéger les droits des plus démunis. LAWCLA trouve encore l’essentiel de ses clients dans les cellules de la Prison centrale surpeuplée de Freetown.

Demand for legal representation among a poor and largely illiterate poLa demande d’assistance juridique au sein d’une population pauvre et essentiellement analphabète est énorme. Mais partout les besoins se font sentir dans un pays qui émerge à peine de la brutalité d'une guerre civile qu’il a subie pendant 10 ans et des décennies de mauvaise administration. Les pays donateurs, les organisations internationales et les groupes de la société civile du pays ont concentré leurs initiatives sur le secteur juridique - et financier -, notamment sur le tribunal spécial pour la Sierra Leone et la Commission vérité et réconciliation nationale (CVR), deux structures essentielles pour déterminer les responsabilités dans les exactions du passé et établir la primauté du droit au cours du processus de transition de la guerre vers la paix en la Sierra Leone. LAWCLA se préoccupe beaucoup de l’administration de la justice au cours du processus de transition ; il passe, en effet, pour être encore le lieu où les plus démunis peuvent trouver une assistance juridique concrète. “On ne peut pas parler des droits de l’homme si l’on ne dispose pas de moyens pour les protéger”, estime Melron Nicol-Wilson.

Ancien résident de Freetown, Melron Nicol-Wilson s'est consacré aux questions relatives aux droits de l’homme sous le régime de la junte militaire au pouvoir de 1992 à 1996 au plus fort de la guerre. En 1995, la thèse qu’il a présentée devant un jury du Fourah Bay College de Freetown traitait de la privation des droits constitutionnels en milieu carcéral.

Peu de temps après avoir obtenu son diplôme à la faculté de droit de Sierra Leone en 1997, des soldats mécontents chassaient un gouvernement démocratiquement élu du pouvoir qu’ils ont préféré partager avec des rebelles. Sierra-léonais et grand érudit connu pour ses enquêtes sur les violations des droits de l’homme, Nicol-Wilson était une cible potentielle pour le nouveau régime ; il a dû fuir vers la Guinée voisine à l’instar des dizaines de milliers d'autres sierra-léonais. En tant que réfugié, il a pu poursuivre en Afrique du Sud ses études de maîtrise sur les droits de l'homme.

A month after Nicol-Wilson returned home in December 1998 came the war's worst attack on Freetown—what residents call "January 6," shorthand for the day when the siege began. Houses were burned to the ground. Rapes were common. Rebels hacked off the limbs of over 100 civilians. Government troops and West African peacekeepers carried out summary executions of suspected rebels.

C’est ce qui a poussé mes collègues et moi-même à créer un « centre de défense des droits de l’homme sur une base juridique", explique Melron Nicol-Wilson. En 2001, il quitte son poste de juriste au Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés et, avec trois autres avocats, il a crée le LAWCLA, une structure à but non-lucratif. Avec l’espoir d’obtenir un financement auprès des Nations Unies, ensemble ils ouvrent un petit bureau exigu dans un local loué auprès d’un cabinet d'avocats situé au centre de Freetown, une ville en pleine reconstruction et dont les bâtiments rappellent par leurs façades calcinées et les impacts de balles le terrible "6 janvier".

Chacun de nous est responsable de chacune des quatre composantes qui recouvrent les priorités de LAWCLA en termes de recherche et de plaidoyer : les litiges, la justice au cours du processus de transition, le plaidoyer en faveur des jeunes et recherche et plaidoyer en matière de genre. Nous offrons tous une assistance juridique.

Parmi leurs premiers clients figure un agent de sécurité des autorités portuaires para-étatiques de Sierra Leone ; ce dernier a été licencié pour avoir refusé de participer à un vol orchestré par ses supérieurs en 1991. Incapable de trouver un emploi à la suite de son licenciement, il a reçu 6.000 léones en guise d’indemnités par un règlement à l’amiable. « Depuis ce succès en avril [2002] et la publicité faite sur l’affaire par les médias, nous traitons à l'heure actuelle 25 cas de licenciements abusifs", explique Melron Nicol-Wilson.”

Bien que moins médiatisées, l’issue de certaines autres affaires est vitale pour nos clients démunis. LAWCLA a défendu les droits d’une petite vendeuse de 16 ans à qui sa mère éloignée menaçait de faire subir l'initiation d'une société secrète de femmes comportant des mutilations sexuelles ; il a également défendu les droits des enfants de la rue arrêtés pour avoir violé le couvre-feu et ceux d'autres jeunes abusivement déférés à la Prison centrale de Pademba Road au lieu d’un centre de détention juvénile. Les assistants juristes de LAWCLA visitent régulièrement les cellules de détention surpeuplées comme celles de l’hôtel de police de Kissy Mess Mess pour y rencontrer des individus démunis, victimes d’un procès injuste. « Pendant l'état d'urgence [qui s'est achevé en mars 2002], les gens étaient détenus entre 10 et 15 mois sans procès" fit remarquer encore Melron Nicol-Wilson.”

Le public et d'autres avocats ont reproché à LAWCLA de se commettre d'office pour leurs clients, les accusant “d'encourager le crime” nous dit Melron Nicol-Wilson. Mais, en défendant avec succès les droits des démunis en Sierra Leone, LAWCLA s'est forgé une reconnaissance dans les rues et dans la presse locale. Les clients étaient si nombreux à affluer dans le premier bureau, mis gracieusement à notre disposition par un cabinet de confrères avocats, que LAWCLA a été contraint de déménager. « Ils ont estimé que nous bradions leurs affaires parce que nous offrions des prestations gratuites », ajouta-t-il.

En février 2002, LAWCLA a déménagé ses bureaux à Old Railway Line si heureusement situé entre le ministère de la justice et Brookfield, un des nombreux quartiers défavorisés de Freetown. Les avocats, quatre assistants juristes et quatre internes partagent deux grands bureaux et – avec les coupures fréquentes de courant à Freetown – un unique ordinateur. Initialement, les frais étaient pris en charge par les avocats eux-mêmes.

En 2002, le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme a bouclé un financement sur 18 mois qui permettra à LAWCLA de créer des antennes hors de Freetown. Nombreuses sont les villes comme Makeni, un ancien bastion des rebelles, où les tribunaux ne fonctionnent plus depuis des années et où l’alimentation en eau et en électricité est interrompue bien avant. LAWCLA prévoit de recruter des assistants juristes pour travailler à Bo, Kenema et Makeni, trois des quatre principales villes après Freetown.

LAWCLA a pu faire face à ses dépenses – y compris l’épongement de ses retards de loyers pour les bureaux de Freetown - grâce à une subvention d'urgence accordée par la Open Society Initiative for West Africa (OSIWA.) Parallèlement, OSIWA finance une enquête sur tous les détenus et sur les conditions de détention dans toutes les prisons et hôtels de police de Sierra Leone. « Les conditions dans les prisons sont effroyables », explique Melron Nicol-Wilson. « Nous rendons de fréquentes visites à la Prison centrale où des prisonniers meurent chaque jour de malnutrition et du manque d’infrastructures sanitaires. Construite à l'époque coloniale pour contenir 220 détenus, la prison aujourd'hui en abrite environ 1.000. La partie la plus surpeuplée est celle réservée aux personnes en détention préventive qui sont en cours ou en attente de jugement donc présumées innocentes. Or, ces prévenus souffrent davantage que les coupables. Leurs conditions de détention sont si mauvaises que lors de leur procès, ils optent souvent de plaider « coupable » afin d’être transférés de la zone préventive vers des zones plus hospitalières de la prison. » LAWCLA envisage d’accompagner la présentation de son rapport final sur les conditions de détention dans les prisons par un documentaire de 30 minutes.

Grâce à son travail aux avant-postes dans la défense des droits humains, LAWCLA est bien placé pour apprécier les efforts que fait la Sierra Leone pour prévenir les conflits en traduisant devant la justice ceux responsables de la guerre, en prônant la réconciliation nationale et en opérant des réformes dans le système judiciaire et les forces de sécurité. En sa qualité de responsable de l’unité chargée de la justice au cours du processus de transition au centre, Melron Nicol-Wilson effectue des recherches et écrit sur la cour spéciale et la CVR. En septembre, LAWCLA a fait des recommandations sur les compensations à verser aux victimes de la guerre. LAWCLA pourra contribuer à une paix durable en Sierra Leone essentiellement en poursuivant ses efforts pour préserver les droits de tous les membres de la société. En fait, contrairement à ce que disent toutes les rumeurs, la guerre en Sierra Leone n’a pas été alimentée par les diamants, mais plutôt par des décennies de mauvaise administration et d’injustice qui ont mené le pays sur les chemins de l'insurrection.